LA GRANDE
BARBACANE ET LE CHEMIN COUVERT
Au XIII° siècle,
une grande barbacane circulaire a été construite sur un espace situé en
contre-bas de la Cité, du côté de l’Aude. Un passage couvert conduisait de
lices situées sous le château jusqu’à la barbacane.
Cet ouvrage
défensif a été démoli en 1821 et, à son emplacement, on trouve aujourd’hui
l’église St. Gimer du milieu du XIX° siècle.
La première
référence concernant cette barbacane se trouve dans le
RAPPORT ADRESSE A LA REINE BLANCHE PAR GUILLAUME DES ORMES,
SENECHAL DE CARCASSONNE Fait
à Carcassonne, le 13 octobre 1240
Extrait :
« D’un autre côté,
entre le pont et la barbacane du château, se logèrent Pierre de Fenouillet et
Renaud du Puy, Guillaume Fort, Pierre de la Tour et beaucoup d’autres de
Carcassonne. Aux deux endroits, ils avaient tant d’arbalétriers, que personne ne
pouvait sortir de la ville.
Ensuite ils dressèrent un
mangonneau contre notre barbacane ; et nous, nous dressâmes aussitôt dans
la barbacane une pierrière turque très-bonne, qui lançait des projectiles vers
ledit mangonneau et autour de lui ; de sorte que, quand ils voulaient
tirer contre nous, et qu’ils voyaient mouvoir la perche de notre pierrière, ils
s’enfuyaient et abandonnaient entièrement leur mangonneau ; et là ils
firent des fossés et des palis. Nous aussi, chaque fois que nous faisions jouer
la pierrière, nous nous retirions de ce lieu, parce que nous ne pouvions aller
à eux, à cause des fossés, des carreaux et des puits qui se trouvaient
là. »
Ce rapport est la première
source parlant d’une « barbacane sous le château » qui, en plus,
était assez grande pour y placer une pierrière, pièce d’artillerie
contemporaine avec des dimensions assez importantes. Ces caractéristiques
pourraient bien correspondre à la grande
barbacane circulaire mais il n’y a aucune preuve.
Le plus ancien des
nombreux documents qui représentent tous une barbacane circulaire, est une vue
cavalière des deux villes, datant de 1462. Ceci est valable encore pour le
cadastre napoléonien de 1809.
En 1878, Viollet-le-Duc décrit
la barbacane :
« Elle était
percée de deux rangs de meurtrières et était
un chemin de ronde crénelé aves des hourds. Elle n’était point couverte,
sa grande étendue ne le permettait guère, mais devait posséder à l’intérieur
des galeries de bois facilitant l’accès au meurtrières et formant un abri pour
les défenseurs. La porte était percée dans l’angle rentrant, côté du nord, sur
le flanc de la grande caponnière qui monte à la Cité. »
Et il ajoute :
« Je n’ai pu
retrouver, en fouillant assez profondément, que ses fondations et ses premiers
assises, ce qui permettait seulement de reconnaître exactement et sa place et
son diamètre. » [La cité de Carcassonne (Aude) p.70].
Cette information confirme
l’existence de structures de la Barbacane à l’époque. Est-ce qu’il les a
découverts lors du chantier de l’église ? Toujours est-il que, dans son Essai
sur l’architecture militaire au Moyen Âge [1854, p.53], il propose une
restitution idéale de la barbacane.
Mais finalement, ce n’est que la restitution du chemin couvert qui sera
réalisée.
Deux
rapports de l’INRAP permettent de savoir exactement où on en est avec ce qui
nous reste aujourd’hui de l’œuvre originale ; ici les extraits
significatifs :
1) INRAP
Diagnostic archéologique D130800_BD,
avril 2022, « Place
St-Gimer et montée porte d’Aude » Conclusion
« Malgré la faible
surface d’intervention possible, nous pouvons conclure qu’il ne reste rien sous
la place St-Gimer de la barbacane médiévale qui occupait l’espace jusqu’au
début du XIXe siècle. En effet, cet ouvrage majeur de la défense carcassonnaise
a été démoli en 1816 et ses matériaux vendus à l’encan. La construction de
l’église St-Gimer vers 1850 parachèvera le travail de démolition par un
décaissement préalable de tout l’espace. De ce fait, ce n’est qu’au ras de la
jonction avec les murs du chemin fortifié qui monte jusqu’aux lices de la Cité
que quelques mètres carrés semblent préservés. Le sondage effectué à cet
emplacement a livré le soubassement d’une ouverture qui pourrait être celle qui
faisait communiquer la tour avec le chemin. En revanche, la question de la
chronologie n’a pas été tranchée faute d’indices et un doute subsiste encore
sur ce qui est en place et ancien de ce qui pourrait être restauré.
Heureusement, le diagnostic qui sera réalisé sur l’ensemble du chemin fortifié,
la «caponnière», devrait permettre de compléter ces données. Il sera
particulièrement intéressant de reprendre notre sondage pour l’élargir vers
l’est dans la montée du chemin et mettre ainsi en exergue la totalité de la
largeur du mur supposé seuil de l’ouverture de la tour. »
2) INRAP Diagnostic
archéologique D143310_BD, juillet 2024, « CARCASSONNE (11) CITE -
CAPONNIERE OUEST » [Dans
ce rapport, le chemin couvert est appelé « caponnière »]
« La
réédification de la Cité permet à Viollet-Le-Duc d’étudier tout le système
défensif et donc naturellement la barbacane et la caponnière qu’il décrit en
1850 longuement dans son livre « La cité de Carcassonne . »
…
Toutefois, bien que riche en
enseignement, cette description soulève de nombreuses questions. Au sujet du
chemin fortifié, Viollet-Le-Duc relève un rétrécissement en « entonnoir » au
niveau de l’articulation entre la barbacane et le tronçon bas de la caponnière
(noté section E sur le plan). A contrario, le cadastre de 1809 dessine
clairement à cet endroit des courtines parallèles, le resserrement s’inscrivant
plutôt à la hauteur de la traverse qui mène aux lices (noté C sur le plan), ce
qui interroge sur les observations menées à cette époque par le maître
d’ouvrage. Pareillement, des « rampes fortifiées » sont supposées parcourir
l’entièreté de la caponnière d’après Viollet-Le-Duc et la restitution qu’il en
fait montre en effet un passage jalonné de murs de refend pourvus d’archères. Ces fortifications intermédiaires esquissent
ainsi un enchaînement de chicanes censées ralentir la progression des
assaillants. Ces aménagements ne sont toutefois plus réellement visibles de nos
jours, à l’exception de quelques maçonneries indéterminées soutenant des levées
de terre, et le diagnostic avait pour but de confirmer leur hypothétique
matérialité. »
Synthèse
« L’édification
de la caponnière en tant que telle se substitue à cette période d’extraction.
Il se dessine alors les premiers organes défensifs, avec une porte contrôlant
l’accès ainsi que les différentes élévations protégeant le chemin jusqu’à la
barbacane. Le bâti pourrait participer à cette protection et représenter
l’ultime vestige d’une hypothétique première ligne de défense relevée par
Viollet-Le-Duc. Cependant, les premiers résultats de ce diagnostic ne
permettent pas d’en juger, en dépit des traces d’un arrachement repéré sur le
côté opposé contre la fortification orientale qui constitue le soubassement des
lices à cette hauteur. Cette immense campagne de construction a laissé
également des traces enfouies puisque plusieurs niveaux de circulation ont été
mis au jour durant nos investigations, parfois indiqués par le simple
piétinement du sommet de certains remblais. »
« Consécutivement
aux aménagements militaires, le tronçon (nord/sud) de la caponnière est
exhaussé dans le but d’accueillir un sol pavé. Observé uniquement dans les
sondages localisés en haut du dénivelé, cette calade est relativement bien
préservée, la courtine occidentale (orientée nord/sud), par son positionnement
perpendiculaire à la pente ayant favorisé la préservation de cette accumulation
sédimentaire. »
« Toutefois,
le grès de Carcassonne a mal résisté au temps. Sa face en parement a subi de
multiples altérations, annihilant dans le même geste un éventuel bossage. La
prudence reste donc de mise et une fouille à plus large échelle devrait
s’employer à dégager le bâti à la recherche de ces indices de taille. »
Donc en attendant, contentons nous à admirer les vestiges du
chemin couvert comme nous les avons devant les yeux …









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