LA CITE DE CARCASSONNE : Le
fossé oublié
Tout le
monde connait les murs de Carcassonne, mais un fossé … ?
Si le terrain géologique du
front ouest de la Cité est très favorable à la défense, c’est plutôt le
contraire sur le front est. Celui-ci est très vulnérable à cause des niveaux du
sol intérieur et extérieur des fortifications s’approchant dangereusement de la
même hauteur. Une attaque de ce côté promettait l’accès le plus facile à la
ville. Il n’est donc point surprenant que l’on cherchait des moyens
supplémentaires pour renforcer la défense.
Après la tentative malheureuse de Raimon Trencavel de
reprendre la Cité en 1240, les faubourgs furent démolis et les abords immédiats
étaient libérés de toute construction.
Les maîtres d’œuvre royales en profitaient donc
pour créer devant l’enceinte extérieure les obstacles suivants (voir schéma
ci-dessous) :
1)
Entre la tour du Grand Burlas et la tour Cautière (~225m) est installé un talus que l’on désigne comme merlon.
2)
Dans la partie la plus menacée par la
presque-égalité des niveaux des terrains avant la porte Narbonnaise, un fossé
avec fond plat est creusé entre la tour Cautière et la tour de Bérard (~255m).
Puisqu’ un merlon en bordure sur le glacis, qui domine la descente vers la
basse Trivalle, aurait plutôt profité à l’ennemi pour son approche, on y crée
une contrescarpe murée.
3)
A partir de la tour du Bérard le sol géologique sert de fond de fossé avec
comme bordure la contrescarpe murée qui continue ici dans le même objectif que
dans la partie précédente. Tout cet aménagement
s’achève en cul de sac sous la tour de Moreti (~210m).
Les sondages vers le Pradel ont permis de retrouver le niveau initial du Moyen Âge et de comprendre que le niveau actuel de ces ouvrages (cimetière inclus) est atteint par la terre extraite pour créer ou approfondir le fossé avec la construction de l’enceinte extérieure. Ce sont donc les terres extraites du fossé, et probablement en parti aussi celles déblayées lors du nivellement des lices avoisinantes, qui ont permis d’installer les merlons. L’action du temps et les différents aménagements effectués depuis la réalisation de ces ouvrages ont sans doute changé certaines dimensions.
Ci-joint des extraits des résultats des
fouilles de l’INRAP « Le fossé de la Cité et sa contrescarpe » en
novembre 2021, que l’on trouve dans le rapport D14380_BD d’octobre 2023 :
« Le fossé actuel
mesure entre 20 m et 22 m de largeur au niveau de son ouverture. Le fond est
atteint à environ 3 m sous le niveau de sol actuel. Il est plat et mesure entre
8 et 10 m de large. Entre 4,5 m et 6 m de hauteur séparent le fond du fossé et
le pied du rempart actuel. Quand on se trouve au sommet de la contrescarpe
actuelle, le fond du fossé se trouve à plus de 10 m de profondeur. »
« Comme attendu pour ce type de fossé défensif, les parois du
fossé sont abruptes. Au pied du rempart, la pente est constituée par le terrain
géologique qui a pu être aménagé et creusé par l’homme notamment lors des
restauration et reprises en sous-œuvre de la muraille. La pente opposée est
constituée par le talus de la contrescarpe qui a vraisemblablement été réalisé
avec la terre extraite lors du creusement du fossé. La contrescarpe est vêtue
d’un mur de 0,70 m d’épaisseur en pierres liées à un mortier de chaux
blanchâtre ou de terre. »
« Bien qu’aujourd’hui ce mur semble discontinu, le diagnostic
confirme qu’il est conservé en fondation tout le long du fossé au moins de la
porte Narbonnaise à la Tour Notre-Dame et probablement jusqu’à la tour suivante
dite de Mouretis. Sur certaines portions la maçonnerie a été épierrée sur
plusieurs mètres de haut. D’après les niveaux de gravas et de mortiers visibles
dans le comblement du fossé ces épierrements semblent d’époque
contemporaine. »
OBSERVATIONS:
-
On constate que les bases des tours de la Vade et de la Peyre sont posées
directement sur le rocher et on comprend que leur construction n’était pas
possible sans avoir creusé le fossé au préalable .
- La contrescarpe murée est carrément démontée
sur un tronçon entre la porte Narbonnaise et la tour de la Peyre, afin de créer
un accès de véhicules dans les fossés, au courant du XX° siècle ; un
sacrilège de plus contre la présentation de l’architecture militaire du XIII°
siècle dans la Cité !
Article de JP OPPINGER
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